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Honoré Martel dit Lamontagne

Au début des années 1660, la Nouvelle-France semble s'acheminer vers une faillite totale. Si tel avait été le cas, le Québec actuel n'aurait jamais existé. Le Québécois non plus. Et le visage de l'Amérique aurait été différent de celui que l'on connaît aujourd'hui.

De 1627 à 1663, la population canadienne passe de cent à plus de 2500 âmes. Elle prétend avoir des droits sur tout le continent nord-américain. Face aux autres colonies atlantiques qui groupent déjà quelque 80,000 habitants, quelle audace ! Mission impossible sans une force militaire importante.

"Cette petite population française, écrit Marcel Trudel, souffre d'insécurité militaire et économique. Solide encore au temps de Champlain, sa situation est devenue lamentable par suite de l'accroissement soudain de la puissance iroquoise: l'annonce de l'invasion des Iroquois suffit pour amener tout le monde à se barricader chez soi; les années 1660 et 1661 ont été, en particulier, des années de panique... En 1627, il y avait eu, pour la Nouvelle-France, urgence d'un recommencement; en 1663, il devient urgent de procéder de nouveau à une réorganisation."

L'arrivée du régiment de Carignan, en 1665, va changer du tout au tout la situation. Jusque-là, les quelques soldats entretenus par les Cent-Associés ne sont que des pions dans un jeu de dames. Les habitants doivent se défendre eux-mêmes et plusieurs se font massacrer sans vergogne.

Aussitôt débarquées, les troupes s'empressent d'occuper des points stratégiques le long du Richelieu, route traditionnelle des Agniers qui voyagent vers le nord. Un poste est établi à l'embouchure de la rivière, un autre dans le bassin de Chambly (Saint-Louis) et un troisième, trois lieues plus haut (Sainte-Thérèse). En janvier l666 et à l'automne de la même année, des marches sont organisées pour surprendre l'ennemi dans son repaire. À l'arrivée des Français, les guerriers des bois sont disparus dans la nature, ne laissant derrière eux que les vieillards et les enfants. L'envahisseur se contente de brûler les cabanes et de ravager les récoltes. Sa démonstration de force aura pour effet de calmer l'instinct belliqueux de l'indigène, mais le plus beau fleuron à la couronne des hommes de Carignan aura été de participer activement au peuplement de la colonie.

Au milieu du 17e siècle, Paris est déjà une grande ville où s'animent quelques 425,000 âmes. Principale pourvoyeuse de "Filles du Roi", la capitale occupe une place prépondérante dans le développement de la Nouvelle-France . Plusieurs colons en sont originaires: le plus connu d'entre tous est sans doute Louis Hébert, apothicaire et premier agriculteur canadien. Des familles Lefebvre, Dandurant, Plouffe, Ducharme, Gonthier, Léger, Lepailleur, Lussier, Noiseux, Paris, Perrault, Pilon, Robineau, Ruel, Ruette d'Auteuil, etc., en sont aussi originaires et ont contribué de façon importante au peuplement de l'Amérique.

Le marquis de Tracy, lieutenant général du roi, était parti de La Rochelle le 26 février 1664 à destination des Antilles. Un an plus tard, il reçoit l'ordre de quitter ces îles et de faire route vers le Canada. Le 25 avril 1665, sa flotte lève l'ancre à la Guadeloupe et aborde à Québec le 30 juin. Le vice-roi est reçu triomphalement avec les quatre compagnies qu'il commande, soit celle de Chambellé, d'Orléans, du Poitou et de l'Allier. Cette dernière est commandée par le capitaine Isaac Berthier, qui a sous ses ordres plusieurs futurs colons qui feront souche au Canada: Michel Gauron dit Petitbois, André Mignier dit Lagassé, François Couillard dit Lafontaine, Jean Gely dit Laverdure, Louis Bureau dit Sanssoucy et Honoré Martel dit Lamontagne.