Côte Sainte-Geneviève et Rivière Saint-Charles
Un premier fils, Charles, naît moins d'un an plus tard. Il ne vit malheureusement que trois semaines. Il semble bien qu'après son mariage, le jeune couple se soit installé à la côte Sainte-Geneviève, qui reliait alors la haute-ville à la seigneurie de Sillery. C'est là, en tout cas, que vit l'ancêtre le 7 octobre 1670 (4), lorsqu'il acquiert de Charles Aubert de La Chesnaye une terre de trente arpents sise près de la rivière Saint-Charles, soit trois arpents de front sur dix de profondeur, pour la somme de soixante livres tournois. Ce domaine est complanté de haut bois, à l'exception de cinq arpents qui ont été labourés à la pioche. Sur le tout, une cabane et un hangar, bâtiments rudimentaires dont Honoré devra se contenter au début.
Exactement deux mois après cet achat (5), il décide de louer à Jean Lefebvre dit Champagne, volontaire demeurant chez Jacques Larchevêque, l'habitation qu'il occupait lors de son mariage, dans la seigneurie de Gaudarville. La terre de deux arpents de front sur trente de profondeur voisine celle d'Ignace Bonhomme et de Jean Guyon Dubuisson. Le contrat doit prendre effet le 15 avril suivant pour se terminer à pareil jour quatre ans plus tard. Le preneur s'engage à défricher six arpents de terre afin de préparer l'ensemencement. Selon son habitude, Honoré Martel paraphe l'acte, cette fois-ci en présence des témoins Jacques de la Tousche et Adrien Michelon.
L'année suivante, deux nouvelles visites chez Becquet. Le 5 juillet, il loue en bonne et due forme, de Charles Aubert de La Chesnaye, une vache à lait qu'il reconnaît avoir déjà en sa possession, moyennant vingt livres tournois par année. Le 2 novembre, Claude Lefebvre dit Laliberté avoue lui devoir la somme de cent livres qu'il promet de lui rendre par le premier navire arrivant de France au début de 1672. Ce Claude Lefebvre se dit fils de Rolland Lefebvre et de défunte Madeleine Fillion, de la ville de Montmorency, près de Paris.
Malgré tous les efforts qu'il déploie, Honoré Martel semble éprouver toutes sortes de difficultés à ses premières expériences de défricheur et de cultivateur. Le 18 décembre 1672 (4), le marchand Charles Bazire, l'associé de La Chesnaye, lui demande des comptes au sujet de la terre de la rivière Saint-Charles, des huit arpents de bois qu'il reste à brûler et à nettoyer, de la location de la vache et des autres affaires sur lesquelles ils se sont entendus. Le 25 septembre 1673 (4), Martel reconnaît sa faillite. Dans l'impossibilité de payer les arrérages qu'il doit à La Chesnaye, il le prie de reprendre possession de sa terre et d'annuler le contrat passé en 1670, n'exigeant aucune compensation pour le travail et les améliorations effectuées au cours des trois dernières années.
L'abandon de la terre de la rivière Saint-Charles signifie une nouvelle orientation dans la carrière d'Honoré Martel. Le 20 mars 1673 (4), il a décidé de délaisser ce qui lui reste des biens-fonds de la région immédiate de Québec, soit sa terre de Gaudarville. Le tout comprend une habitation et six arpents labourés à la charrue ou à la pioche. L'acquéreur est Jean Dubust, habitant de la seigneurie Saint-Jean, près de Québec. La transaction se fait moyennant la somme de 284 livres tournois et cent sols "pour le pot-de-vin et les espingles" du marché et le paiement des cens et rentes.
Séjour à Neuville
L'année suivante, la famille se transporte à Neuville. Le 16 octobre , Honoré acquiert l'une des nombreuses terres concédées le 20 mars 1667 par le seigneur Jean-François Bourdon, soit celle échue à Charles Delaurice dit Jambon. Comme celui-ci se trouve à Paris à ce moment-là, c'est sa femme et procuratrice, Louise Petit, qui transige au nom de son mari. Cette propriété mesure deux arpents, trois perches et douze pieds de front sur le fleuve, sur quarante arpents de profondeur. Elle a comme voisins Jean de Lastre dit Lajeunesse et Michel Rognon. Ce nouveau marché entre Parisiens est conclu pour la somme de 200 livres tournois, ce qui comprend les sept arpents défrichés, une cabane et un hangar.
"Il y a bien sur cette nouvelle propriété une petite hypothèque que l'acquéreur a dû constituer au noble homme Charles Bazire, agent général de la Compagnie Royale des Indes Occidentales, pour le prêt de la somme nécessaire à cette acquisition, mais on imagine aisément y songe pas trop, lorsque entouré de sa femme et de ses premiers fils nés à Québec, il contemple ce magnifique domaine d'où par un temps clair le regard embrasse le cours du fleuve magnifique, presque jusqu'à Québec."